Début de carrière sur les chapeaux de roues

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Les premières années en banque d'affaires seront dures mais fascinantes.

Après une série d'entretiens stressants et éreintants, un candidat

peut se voir offrir un emploi de rêve dans une des principales

banques d'investissement ou chez un des principaux

gestionnaires de portefeuille. Il est possible qu'il sache déjà

à quoi s'attendre ; peut-être a-t-il déjà même travaillé

en tant que stagiaire dans un poste similaire à celui

qui lui est proposé.

Il ne se fait pas d'illusion sur le fait que ce sera facile.

D'ailleurs il n'a pas choisi cette carrière dans cette

optique. Il se dit qu'il aime relever les challenges,

que les pause-déjeuners sont pour les mauviettes,

et qu'il peut exécuter tout ce que lui demande

son employeur. Il est avide de travailler.

En outre, il fantasme sur la façon dont il va dépenser son premier

gros salaire et il réalise qu'il va pouvoir dire adieu à la période

difficile de l'étudiant démuni ! Son nouvel emploi implique aussi

de voyager. Chaque candidat rêve d'être trimbalé dans le luxe

des classes affaires avant de se retrouver dans des destinations

exotiques pour des réunions importantes.

Le prestige avant tout ?

Quand JPMorgan a fait des recherches sur la motivation des

choix de carrières des non-diplômés, elle en a conclu que ceux

ayant un fort intérêt pour la banque d'investissement étaient attirés

par une formation de qualité et une implication directe dans

des projets d'envergure.

Les candidats sont séduits à l'idée de pouvoir travailler

rapidement sur des dossiers avec des gros enjeux économiques

et financiers , souligne Arielle Benavides, directrice des

ressources humaines chez JPMorgan à Paris. Ils tiennent aussi

à garder un équilibre entre leur vie privée et leur vie

professionnelle, même s'il est vrai qu'ils consacrent beaucoup

de temps à leur travail.

Les nouveaux recrutés savent que le milieu de la banque

d'investissement est très dur et que leur vie professionnelle

aura priorité sur leur vie sociale , ajoute Arielle Benavides.

Il est important qu'ils connaissent leur capacité à résister

physiquement à la pression et au rythme très soutenu .

Ils ont souvent été habitués à avoir des horaires de travail intenses

en prépa, mais se sont parfois relâchés en écoles de commerce

ou d'ingénieurs. En effet, les étudiants brillants

peuvent souvent s'en sortir en étant désorganisés

voire même assez feignants pendant leurs études.

En revanche, ils ne peuvent pas agir de cette

manière dans l'univers professionnel où ils devront

faire face à la critique de leur travail.

Le travail était extrêmement prenant et l'atmosphère

très compétitive dans la mesure où chacun essaie

de se dépasser , indique une ancienne stagiaire

de Goldman Sachs. Ce qui est très frustrant, c'est que le travail

peut être trivial. Du coup, il est difficile de briller parmi ses

collègues. Vous devez être préparé à rester de bonne humeur

quand votre travail suscite de lourdes critiques , raconte-t-elle.

Confiance en soi

Mises à part les longues heures de travail, le nouveau challenge

implique également d'apprendre rapidement de nouvelles

compétences et d'acquérir de la confiance en soi en traitant

avec les clients et les collègues.

Travailler avec un grand nombre de nouvelles personnes

est un véritable test des compétences interpersonnelles

et de la confiance en soi, estime un banquier junior.

Rencontrer constamment des personnes peut être fatiguant,

particulièrement quand vous faites un énorme effort pour

vous montrer intelligent et intéressant. Les gens sont plus

compétitifs et moins indulgents qu'en écoles .

Ce banquier explique qu'il est important de ne pas accepter

plus de travail qu'il n'est possible d'en faire. Les nouveaux recrutés

en acceptent souvent trop parce qu'ils veulent impressionner

ou parce qu'ils sont effrayés à l'idée de dire à leur supérieur qu'ils

sont occupés à faire quelque chose d'autre. Mais un bon patron

acceptera un non si une raison valable est avancée, alors qu'il

sera moins indulgent si un travail accepté de plein gré est

de mauvaise qualité ou si une échéance n'est pas respectée.

Pression

Sasibai Kimis a travaillé un an au département énergie chez

Lehman Brothers à New York après avoir étudié à l'Université

de Pennsylvanie, Wharton.

Déçue par les heures de travail extrêmement longues et

la culture bancaire, elle est aujourd'hui au poste de directeur

financier dans une entreprise d'équipements de voies ferrées

en Malaisie. A Wharton, nous avions reçu une formation

à la pression, mais travailler pour Lehman Brothers était très

dur. Nous travaillions souvent 100 heures par semaine ,

souligne-t-elle. Quand vous êtes analyste, il ne vous reste

que très peu de temps pour votre vie personnelle .

Les coups de pouce

Conscientes que la vie de leurs employés peut être stressante,

de nombreuses banques prévoient des moyens qui peuvent

changer leur mode de vie, en le rendant moins décourageant.

Aujourd'hui, les services de concierge s'occupant de petits

détails de la vie pratique, comme de trouver un nouveau

médecin, un plombier ou la prise en charge du nettoyage

à sec, sont de plus en plus courants. Un grand nombre

de banques offre également des services de conseil pour

les employés trop stressés.

Les plans de parrainage pour aider les nouveaux recrutés sont

aussi en train de se développer. Chez JPMorgan à Londres,

le système du meilleur ami rapproche les débutants à des

personnes qui ont déjà travaillé plusieurs mois pour les aider

à s'installer dans leurs nouvelles fonctions. La banque propose

également un système de coach avec des employés

plus expérimentés qui tiennent le rôle de guide pendant que

les nouveaux recrutés suivent le programme d'embauche.

A Paris, les plans de parrainage se mettent en place

de manière implicite puisqu'un junior travaille en particulier

avec un senior , indique Arielle Benavides.

Un autre banquier conseille aux débutants de simplement

se concentrer sur leur travail pendant les premiers mois.

Une vie sociale plus satisfaisante, s'ils en ont le temps,

pourra venir plus tard.

Patience et persévérance

Si tout ceci paraît terne, il faut être patient. De l'avis de

beaucoup de personnes, bien que la vie d'un jeune diplômé

soit indéniablement exigeante, la récompense intellectuelle

et financière en vaut la peine.

Même si elle a finalement quitté le secteur des services

financiers, Sasibai Kimis admet que ce sont les années

pendant lesquelles vous pouvez travailler dur et faire beaucoup

la fête. Je pense qu'au fur et à mesure que vous vieillissez

et que l'on considère que vous avez fait ce qu'il faut,

les choses peuvent devenir plus faciles .

Avec un peu d'expérience, les jeunes diplômés acquièrent

des connaissances et des compétences leur permettant

de travailler de manière plus efficace. Le travail va plus vite,

les erreurs se font plus rares, et le sentiment de fragilité

disparaît. A ce stade, la plupart des personnes peuvent se

détendre dans leur travail et recommencer à profiter de la vie.

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