Les traders haute fréquence ne connaissent pas (encore) la crise...

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L'ampleur du phénomène du high-frequency trading (HFR) n'est plus à démontrer : il représente désormais le quart du volume sur le marché des changes, selon le cabinet d'études américain Aite Group. Et son potentiel est loin d'être épuisé : certains parlent de 40% du marché des changes dans deux ans. C'est le marché qui déterminera la limite de technique , a reconnu John Damgard, président de la Futures Industry Association, lors de la dernière réunion du Bürgenstock à Interlaken, la grand-messe organisée par la Swiss Futures and Options Association qui rassemblait pendant trois jours les bourses de dérivés et les autorités de réglementation du monde entier.

Le HFR est un défi pour les bourses et les autorités de réglementation , selon Christian Katz, directeur général de la bourse suisse SIX (Le Temps). Après s'être méfiées de cette nouvelle génération de traders, les grandes bourses officielles la courtisent afin d'améliorer la liquidité de leur marché. Certaines d'entre elles vont jusqu'à proposer des rabais à ces traders pour les attirer.

Sans garantie de résultat. Si les régulateurs ne parviennent pas à rester dans la course, il faudra alors envisager d'encadrer ces évolutions, c'est-à-dire brider voire interdire certaines technologies de marché , a récemment déclaré Jean-Pierre Jouyet, le président de l'Autorité des marchés financiers (La Croix).

Coder plus... pour gagner plus

En attendant un éventuel renforcement de la législation, les traders avec une double compétence finance et informatique continuent d'être courtisés par les grandes banques d'investissement et les hedge funds. Sans oublier les SSII qui, dans leurs annonces, indiquent généralement qu'il s'agit de travailler pour un automate de trading, sans donner plus de précisions. Car la discrétion n'est pas un vain mot dans le milieu du trading algorithmique, ou algotrading.

Le profil des traders a changé , à l'époque ce qui comptait pour un trader était le relationnel, les transactions se faisaient au téléphone ou sur le floor ou parquet, et les intervenants pour la plupart se connaissaient, explique Denis Chriqui, formateur chez Coach Boursier (Lobourse.com). Aujourd'hui c'est le monde du flash trading, le monde de la vitesse, et de l'anonymat. En effet, il faut gagner des microsecondes par transaction pour le trader et c'est l'informatique et les algorithmes de calcul qui dominent .

Guère étonnant dès lors que le trading haute fréquence reste un microcosme. Les grandes banques comptent à peine une centaine de traders et d'informaticiens dédiés, le plus souvent basés à Paris, New York ou Tokyo. Quant aux effectifs des structures plus petites, on les compte généralement sur les doigts d'une main. En effet, pour lancer une société de trading haute fréquence, seule une poignée de mathématiciens et de développeurs ainsi qu'un logiciel clé en main suffisent. Ainsi, deux anciens cadres qui travaillaient chez Société Générale Asset Management (SGAM) respectivement comme gérant de hedge fund et responsable de l'informatique de recherche quantitative, n'ont pas hésité à quitter la banque en début d'année pour créer Quantics Technologies, une start-up dédiée au trading algorithmique (Next Finance).

Des salaires qui s'envolent

Tout le monde se connaît donc et les banques puisent régulièrement les unes chez les autres les experts dont elles ont besoin. L'an dernier, Credit Suisse a ainsi déroulé le tapis rouge pour débaucher une équipe de cinq personnes chez Société Générale, allant jusqu'à accepter qu'ils restent à Paris, et ce alors que les activités de trading de la banque helvétique sont basées à Londres.

À Paris justement, les salaires en banque des analystes quantitatifs et développeurs des équipes de trading tournent autour des 40 k€ pour les juniors, et peuvent aller jusqu'à 80 ou 100 k€ pour les plus expérimentés, rappelle Thierry Bossant, en charge de la practice Global Markets du bureau parisien Huxley Associates. Mais malgré les efforts des banques, les traders ont dû mal à résister à l'appel des sirènes des hedge funds, prêts à leur proposer des salaires trois fois plus élevés.

C'est d'autant plus vrai que certains acteurs du secteur, à l'image de Timber Hill Europe et d'Amplitude, se sont établis en Suisse, à Zoug précisément. Avec un taux d'imposition global de 23 % (et de seulement 9% pour les sociétés offshore), le plus petit canton de Suisse est devenu un paradis fiscal pour les hedge funds et autres plateformes alternatives. Ce métier n'a plus rien à faire dans les banques, car elles n'ont désormais plus les moyens de s'aligner sur les bonus des hedge funds , déplore un observateur (La Tribune).

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