La montée en puissance des analystes ISR est pour bientôt...

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Près de 80 % des gestionnaires de fortune et de family offices considèrent que la crise financière a eu une influence positive sur les investissements durables. Tel est le constat d'une récente étude menée par Eurosif (European Sustainable Investment Forum). L'organisation européenne de promotion de l'investissement socialement responsable (ISR) a ainsi constaté qu'en deux ans, les placements durables en Europe avaient bondi de 35 %. Mieux : elle prévoit encore une augmentation de 15 % jusqu'en 2013.

La Suisse, où le marché de l'ISR a connu un véritable boom avec une hausse de 63 % des actifs en une année pour atteindre 34,1 milliards de francs suisses, entend bien jouer un rôle de premier plan. La finance durable est une voie possible et la position unique de la Suisse, qui rassemble des organisations internationales intéressées aux défis globaux, des entreprises actives dans le développement durable et une expertise financière reconnue, lui permettrait de se positionner dans cette nouvelle orientation de la finance , explique Angela de Wolff, présidente de l'association Sustainable Finance Geneva qui s'est projeté jusqu'en 2020 pour imaginer les contours d'une place financière suisse durable, reconnue au niveau international.

Car il faut bien avouer que jusqu'à présent, la place financière Suisse n'a pas jugé opportun d'investir dans la finance durable et a laissé d'autres places financières comme Paris, Londres et Amsterdam prendre le leadership dans le domaine de l'analyse ISR. À l'heure actuelle, des postes de ce genre sont plus rares en Suisse que dans le reste de l'Europe et aux États-Unis , constate-t-on au sein du cabinet indépendant Convergence Durable qui se consacre à la promotion du développement durable.

Les banques s'y mettent

Pourtant, il existe bien une offre et une demande sur le marché, même si le turn-over n'est pas très important du fait du nombre limité d'acteurs importants, comme Sarasin ou Pictet par exemple , explique Guy de Brabois, Country Manager chez Robert Walters en Suisse.

En Europe, la thématique de l'ISR dure depuis 10 ans. Les premiers analystes sont arrivés sur ce segment par conviction et travaillaient pour des agences de notation extra-financières pionnières comme Innovest ou Vigeo, où ils étaient chargés de fournir des informations aux analystes buy-side et aux sociétés d'asset management spécialisées dans l'investissement durable. Ces analystes ont ensuite évolué vers des sociétés d'asset management et des banques d'investissement, attirés par les rémunérations qui leur étaient proposées , poursuit Guy de Brabois.

Fonds thématiques, fonds solidaires, fonds éthiques : le spectre d'intervention est large, d'autant plus qu'il s'agit à chaque fois d'identifier les risques écologiques, sociaux, corporate governance et économiques. Les analystes extra-financiers peuvent aussi travailler dans le "social business", une tendance en plein essor , note Guy de Brabois. Cela consiste pour des entreprises et des mécènes à promouvoir des initiatives privées de développement économique dans certains pays, un exercice dont sont très friands les fondations et philanthropes basés en Suisse. Certaines banques privées diversifient leur offre pour proposer le social business en complément de l'ISR , ajoute-t-il.

En attendant demain...

La demande en analystes ISR devrait s'intensifier car progressivement, les fonds de pension et les banques augmentent eux aussi leurs encours ISR, même si les niveaux atteints demeurent modestes. Effet de mode ? Non, nous sommes sur une tendance de fond. Sans cela, on n'en parlerait plus aujourd'hui , répond Morgan Carval, analyste ISR à Fédéral Finance (Le Télégramme.com).

Pour preuve, les initiatives se multiplient. Récemment, Pictet Funds, la société de fonds de la banque privée Pictet & Cie, vient de créer un nouveau fonds dédié, baptisé Pictet-Environmental Megatrend Selection. Ainsi cette philosophie d'investissement passe progressivement de l'exception à la norme, en témoigne la nouvelle politique de Sarasin qui impose les principes de la finance durable à sa gestion discrétionnaire , observe Natacha Guerdat, Partner de Conser Invest et co-fondatrice de SFG (L'Agefi Suisse).

Il ne faut pas s'attendre à un boom des recrutements à court terme. Sans être encore pléthorique, l'offre de produits ISR a aujourd'hui été mise en place par la plupart des grands intermédiaires financiers (banques et compagnies d'assurance), admet Bertrand Fournier, président du directoire de la société de gestion LFP-Sarasin AM (terraeco.net). En revanche, le marketing de cette offre reste assez confidentiel et la formation des réseaux n'en est vraiment qu'à son tout début .

En attendant, afin de répondre aux besoins croissants à venir, les formations se multiplient. Ainsi, HEC Genève et la HEG Suisse Occidentale ont mis en place depuis la rentrée 2010 une formation continue en management durable à destination des professionnels, qui plébiscitent ce genre de cursus. Nous accueillons par exemple des analystes financiers qui viennent se former à l'ISR. Aujourd'hui, nous avons trente à quarante personnes en formation continue dans chacun de nos Mastères. Il y a à peine cinq ans, on ne dépassait pas la dizaine , précise Jean-Marie Lorach, responsable du Comité d'orientation de l'Iseadd, l'Institut supérieur d'études en alternance du développement durable (Novethic.fr).

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