Les expats français de la City en ont un peu ras le Brexit. Mais sont-ils prêts à rentrer ?

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Les expats français de la City en ont un peu ras le Brexit. Mais sont-ils prêts à rentrer ?

A moins de dix jours de cette date fatidique, un « no deal » le 12 avril devient un scénario très plausible, même si l'UE se dit prête à accorder un long délai à la Grande-Bretagne pour le Brexit. Janvier ou avril 2020. A la condition de participer aux élections européennes. La décision sera prise le 10 avril lors du prochain sommet d'urgence de l'UE.

De quoi soumettre à rude épreuve les nerfs des expatriés français à la City de Londres qui, même s’ils n’ont pas stocké de nourriture ou de médicaments comme l’on fait certains citoyens britanniques, se posent beaucoup de questions quant à leur avenir professionnel.

Certains d’entre eux ont même carrément choisi de prendre les devants en demandant à obtenir la nationalité britannique, à l’instar de Jean-Marc Routier, gestionnaire de fonds à la City, qui depuis l’an dernier a décidé d'adopter avec sa famille vivant sur place la nationalité britannique – sans toutefois renoncer à sa nationalité d'origine, comme le permet la législation française.

Dans un reportage TV qui lui a été consacré fin mars sur France3, on apprend que  le privilège de devenir des citoyens de Sa Gracieuse Majesté aura tout de même coûté à cette famille près de 6 000 euros – sans parler des tests d'anglais et de civilisation britannique qu'il leur a fallu passer.  Le prix de la tranquillité ? Vraisemblablement…

« Ras le Brexit… »  

« Car si l'on croit ce que disent les médias, le Brexit est l'équivalent d'une fin du monde pour l'Angleterre et tout particulièrement pour la suprématie de Londres. Est-ce que la situation sera compliquée ? Oui, assurément. Il y aura des moments difficiles à traverser mais penser que Londres ne va pas s'en remettre est absolument ridicule », nous confie un trader français expatrié à Londres.

D’après lui, les banquiers qui souhaitent rentrer à Paris ont certainement de bonnes raisons de le faire mais ils ne devraient pas oublier ce qu'ils laissent derrière eux. « Londres est une ville d'ouverture et de progrès qui s'est toujours montrée très tolérante vis-à-vis de la diversité. Beaucoup reconnaîtront les immenses progrès qu'ils ont réalisés ici et qui n'auraient pas été possibles à Paris », poursuit-il. Et pas nécessaire de se référer strictement à la finance pour se rendre compte des possibilités offertes par Londres.

« Sur les cinq dernières années, nous avons vu l'arrivée de la deuxième femme à la tête d'un gouvernement britannique, du premier maire musulman de Londres, d'un canadien comme gouverneur de la banque d'Angleterre et d'un franco-ivoirien à la tête de Credit Suisse », relève notre trader. « Pouvons-nous dire que Paris autoriserait de telles réussites ? Vraiment ? Rien que pour cela, rester à Londres est le meilleur choix ».

Pas de bousculade au portillon

L’an dernier, à la même époque, nous faisions le constat que le retour des Frenchies de la City, pourtant considéré comme logique, tardait à se concrétiser. Et le constat était toujours le même il y a six mois. Qu’en est-il aujourd’hui, alors que la date de sortie initiale du 29 mars est derrière et que la perspective d’un Brexit sans accord n’est toujours pas écartée ?

Ces dernières semaines, les recruteurs en finance parisiens constatent bien quelques retours. Denis Marcadet, président de Vendôme Associés évoque ainsi « quelques déplacements européens » de Londres vers Paris dans la banque d’investissement et les activités de marché. Les professionnels de la gestion d’actifs semblent être plus nombreux à se bousculer au portillon, le chasseur de têtes évoquant « de nombreuses sollicitations de gérants londoniens souhaitant rentrer à Paris ».

Il faut dire que les seniors à charge de famille sont les plus enclins à rentrer. D’ailleurs, à l’occasion d’un week-end ou de vacances à Paris, certains en ont profité pour se renseigner sur les prix de l’immobilier dans les beaux quartiers de Paris en vue d’un probable retour au bercail. Mais les agences constatent une nouveauté depuis six mois : de plus en plus d’acquéreurs visitent, décident d’acheter puis annulent leur proposition après quelques jours de réflexion.

Il est vrai que les prix de l’immobilier haut de gamme ont été tirés à la hausse par la demande d’expatriés londoniens à la recherche d’appartements familiaux. Mais plus que les prix de l’immobilier, certains visiteurs semblent être échaudés par les manifestations à répétition des gilets jaunes dans la capitale. Et les dégradations qui vont avec.  « L'image massacrée de l'Arc de Triomphe a fait le tour des desks de la City de Londres », rappelle un financier lui aussi expatrié outre-Manche.

Des retours choisis... ou contraints

Tous les mouvements entre Londres et Paris ne sont bien évidemment pas liés au Brexit. « En ce qui me concerne, j'ai déménagé de Londres en septembre dernier pour des raisons personnelles », nous indique une banquière d’investissement qui désormais vit et travaille à Paris.

« Cependant, je connais d’autres personnes qui sont revenues plus ou moins directement à cause du Brexit, soit parce qu’elles avaient été licenciées pour des motifs économiques et/ou qu’elles avaient trouvé des jobs mieux payés à Paris », poursuit-elle.

Et qu’en est-il des professionnels de la finance qui sont revenus de Londres ces dernières années ? Avec le recul, certains ne regrettent pas de s’être installés à Paris, à l’instar de ce trader et trois de ses collègues qui avouent désormais « bien mieux gagner leur vie » (la chute de la livre sterling étant passée par là).

D’autres au contraire regrettent déjà leur vie londonienne. « Je n'ai jamais rencontré d'anciens banquiers de la City qui se disaient heureux d'être rentrés. Ceux qui m'affirmaient le contraire étaient ceux qui n'étaient pas parvenus à s'adapter. Et cela se voyait », rapporte un trader qui lui a définitivement fait le choix de rester à Londres, Brexit ou pas.

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