« Cette maladie est différente dans les banques. On connaît tous quelqu’un qui l’a eue »

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« Cette maladie est différente dans les banques. On connaît tous quelqu’un qui l’a eue »

Avec plus de 12 000 décès dus au COVID-19 à New York, l’épidémie contraint les professionnels de la finance qui se targuent de travailler même malades à prendre leur santé au sérieux. Dans une culture qui célèbre les horaires à rallonge et le rôle central du client, voilà de quoi créer une nouvelle dynamique.

Au début de la pandémie, certains signes indiquaient que les banquiers et traders poursuivaient leur activité comme si de rien n’était. Un managing director (MD) de JPMorgan, présent mi-mars dans la salle des marchés de Madison Avenue, avait contaminé une vingtaine de collègues. A la même époque, un autre MD, chez Goldman Sachs cette fois, s’était présenté au siège à 200 West alors qu’il était fiévreux ; rentré brièvement chez lui, il était revenu au bureau où il avait commencé à ressentir des douleurs à la poitrine. On ne sait pas vraiment s’il a été touché par le virus ou s’il l’a diffusé, mais il a clairement suivi la doctrine selon laquelle en finance, on travaille quoi qu’il arrive.

Un mois plus tard, alors que la plupart des gens travaillent de chez eux - et que bon nombre de banquiers seniors se sont calfeutrés dans leurs résidences secondaires hors de la ville, le COVID-19 est pris un peu plus au sérieux. Si vous tombez malade maintenant, vous ne tenterez plus d’impressionner votre MD si vous êtes associate, ou votre CEO si vous êtes MD.

« Tout le monde ici connaît quelqu’un qui a été touché par le virus, et beaucoup de gens connaissent quelqu’un qui a été vraiment malade ou même qui en est mort, » rapporte Roy Cohen, coach de carrière à Wall Street, en activité dans la finance depuis des années. Le COVID-19 freine la dynamique, dit-il : « On n’en est plus à une simple question de survie des plus performants ou de ceux qui travaillent toute la nuit. Dans le contexte actuel, les malades ne sont plus stigmatisés. Tout le monde est conscient que ce virus peut être mortel et qu’il est temps de penser à sa santé et de se protéger. »

Roy Cohen lui-même est un convalescent du COVID-19, qu’il a contracté le 18 mars. « C’est arrivé très vite, » raconte-t-il. « J’étais sorti faire une longue marche, et au retour, je me sentais en super forme, mais une demi-heure plus tard, j’ai commencé à avoir de la fièvre. » Il a fini cloué au lit pendant deux semaines, épuisé, mais commence maintenant à récupérer devant les séries de Netflix.

Le problème avec le COVID-19 est que l’on ne peut probablement pas travailler quand on en est atteint, poursuit Roy Cohen. « Tout le monde réagit différemment, mais j’étais complètement apathique et j’avais une forte fièvre, » précise-t-il. « C’est impossible de travailler dans la finance dans un tel état de fatigue, susceptible d’altérer votre capacité de jugement. La seule chose à faire, c’est prendre le temps de guérir et de récupérer. »

Le caractère imprévisible de la maladie ne fait qu’empirer les choses. Cohen indique que ses clients sont typiquement du genre à « pousser encore et toujours » dès qu’ils se sentent guéris, et à tenter de rattraper le temps perdu. Mais dans le cas du COVID-19, c’est totalement contre-productif : « Vous pensez aller mieux et vous revenez dans la danse, et au bout de deux jours, la maladie repart de plus belle. » Pour guérir correctement, il faut vous reposer, et vous y tenir.

Certains acteurs de la finance semblent enfin suivre cette approche. Un technologue d’une banque de Londres avoue n’avoir eu aucun état d’âme à dormir dans la journée durant sa maladie, et un banquier equity capital markets (ECM), lui aussi à Londres, raconte n’avoir jamais été malade au point d’être cloué au lit auparavant. Un operations manager de JPMorgan a pris fait et cause pour la nécessité de prendre soin de soi, avec au menu repos et bons petits plats.

La maladie finira-t-elle par infléchir durablement la culture de Wall Street ? Roy Cohen ne s’avance pas aussi loin pour l’instant, mais selon lui, elle contraint clairement les professionnels à se montrer beaucoup plus réalistes et ouverts quant à leur santé : « c’est un secteur où tout le monde doit faire figure de surhomme, mais personne n’est à l’abri. Les gens prennent conscience qu’il faut être plus ouverts face à la maladie, réalistes avec la hiérarchie quant au volume de travail qu’ils peuvent fournir et ne pas s’engager au-delà de leurs capacités dans un environnement où la santé est en passe de devenir une priorité. »

Un MD en M&A à Londres confesse être aujourd’hui plus indulgent envers ses employés juniors, évitant de les pousser sur un chemin qui pourrait nuire à leur santé. Pourtant, même s’ils sont loin d’être débordés en ce moment, il ajoute : « j’essaie aussi de penser à différents moyens de les occuper pour éviter qu’ils ne dépérissent. »

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Crédit photo : Марьян Блан | @marjanblan sur Unsplash

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