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« Ils vous tiendront » : les gestionnaires de portefeuille évitent les offres pourtant lucratives des fonds multistratégies

Il fut un temps où le top dans le secteur des hedge funds consistait à travailler pour l’un des plus grands fonds multistratégies, et où décrocher un poste de gestionnaire de portefeuille, voire gestionnaire de portefeuille senior, comme chez Millennium, s’apparentait à trouver le Graal. Mais les temps ont changé. De nos jours, les meilleurs gestionnaires de portefeuille travaillent encore pour les grands fonds, mais en gardant soigneusement leurs distances. 

Bloomberg rapportait le 13 juin dernier qu'Aaron Weiner, en passe de quitter Coatue Investment Management, recevait "plusieurs milliards de dollars" de Millennium pour lancer son propre hedge fund. La semaine précédente, Diego Megia, ancien gestionnaire de portefeuille senior chez Millennium, avait lancé Taula Capital à Londres, avec 3 milliards de dollars de Millennium. D'autres fonds s'y mettent aussi : selon le Wall Street Journal, 61 % des fonds multistratégies allouent désormais des capitaux à l'extérieur, contre 52 % en décembre 2022.

La motivation pour les fonds ? La possibilité d’attirer des gestionnaires de portefeuille talentueux, qui ne travailleraient pas pour eux dans d'autres contextes. Les fonds multistratégies sont souvent critiqués pour leurs limites strictes en matière de risque. Ils insistent sur le déploiement maximum du capital, même si les conditions de déploiement ne sont pas favorables. Résultat : seuls les gestionnaires de portefeuille dont les stratégies présentent un ratio de Sharpe élevé, permettant d'investir 25 millions de dollars ou plus et offrant des rendements à court terme, sont pertinents. "La perte autorisée est vraiment minime, de sorte que l’horizon temporel dans un fonds multistratégies doit être extrêmement court", nous confie un gestionnaire de portefeuille.

Les fonds ainsi financés sont plus indulgents. Un gestionnaire de hedge fund qui envisage de passer par un capital d’amorçage explique que les fonds multistratégies laisseront généralement « plus de marge » en termes de risque à un gestionnaire qu'ils ont financé, qu'à un autre qu'ils emploient en direct. Ils fourniront également souvent « une certaine infrastructure » et un budget de fonctionnement. Souvent, le fonds financé sera ajouté au modèle de pass-through du fonds parent, où les coûts sont directement imputés aux investisseurs.

Pourtant, même si Aaron Weiner et Diego Megia pensent sans doute que le capital d’amorçage est une bonne chose, ce n'est pas le cas de tout le monde. De nombreux gestionnaires de portefeuille le refusent, et pas seulement de la part de Millennium. "Ces deals sont à deux doigts d’en faire des gestionnaires de portefeuille internes", décrypte l'un d'eux, qui lui a refusé. D'autres sont plus véhéments quant à leur rejet de la structure de financement. « Ils vous tiennent », explique l’un d’entre eux en parlant des fonds multistratégies. "Ils brident votre capacité, puis ils vous enferment."

Il fait référence au fait que les fonds multistratégies réclament souvent pour leur investissement d’amorçage une exclusivité couvrant les trois à cinq premières années. En général, ils exigent également d’avoir une visibilité quasi complète sur la stratégie du gestionnaire de portefeuille. Ils veulent 20 % des bénéfices, sans limite de temps. Et même au bout des trois à cinq ans, quand d’autres investisseurs peuvent alors eux aussi entrer en jeu, le fonds multistratégies investisseur initial conserve la visibilité sur le portefeuille. Ce qui complique singulièrement la tâche du gestionnaire de portefeuille en quête d’autres investisseurs. Le gestionnaire de portefeuille fait le travail pour développer le fonds, et le hedge fund multistratégies à l’origine de l’investissement d’amorçage continue de recevoir tranquillement ses 20 % sur les bénéfices. « C’est comme donner sa recette de potion magique, » confie un gestionnaire de portefeuille.

Pour cet autre gestionnaire de hedge fund londonien, qui gère son propre fonds, les fonds multistratégies ont effectivement remplacé les fonds des plus populaires il y a une dizaine d’années. Selon un gestionnaire de portefeuille, mieux vaut lever des fonds soi-même. « Je préfère me lancer avec moins d'argent et avoir une base d'investisseurs diversifiée », dit-il. « En fonctionnant ainsi, on reste seul propriétaire et maître à bord, y compris pour le cadre de risque. »

Pas impossible dans cette optique que les tout meilleurs hedge funds rejettent les offres des fonds multistratégies…

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AUTEURSarah Butcher Editrice Monde

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