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« Les hedge funds multistratégies regorgent de gamins qui ne connaissent rien à la gestion de portefeuille »

Lorsque les historiens de l'économie se pencheront sur les annales des années 2020, une chose ressortira probablement dans le secteur des services financiers : les hedge funds multistratégies. Leur croissance, encore et toujours ; leur côté tape à l’œil ; leur niveau de rémunération.

Mais après une décennie passée à engloutir quiconque présentant un ratio de Sharpe de 1,5 et capable de déployer 25 millions de dollars en capital (voire un ratio de Sharpe >3 et la capacité à déployer 100 millions de dollars), et en les payant environ 20 % du PnL, les hedge funds multistratégies n’ont plus la cote. À la suite de suppressions de postes plus importantes qu’à l'habitude, les traders de taux opèrent un retour vers les banques. Les vieux briscards des fonds spéculatifs ont la sensation d’avoir eu raison, et c’est ce qu’ils nous racontent.

« J'étais à un dîner l’autre soir avec le PDG d'un hedge fund et l'ancien COO de l'un des principaux fonds multistratégies, qui y avait passé plus de dix ans, et nous avions tous la cinquantaine », raconte un gestionnaire de portefeuille actions senior, dans le métier depuis plus de 30 ans. « Nous discutions de l'état de l'allocation d'actifs et des talents qui arrivent dans le secteur, dont la plupart ne savent pas grand-chose de la réalité de la gestion de portefeuille. »

Les fonds multistratégies sont censés être neutres au marché. Différentes équipes gèrent des stratégies différentes, sous la responsabilité de gestionnaires de portefeuille, dans ce qu’on appelle des « pods » mais au lieu de s'annuler les unes les autres, ces stratégies génèrent de l'alpha lorsqu’elles sont combinées. Dans certains fonds, il est fréquent qu’un pod ne sache pas ce que font les autres pods. Ils gagnent de l'argent en battant le marché en moyenne. « Selon la loi des grands nombres, ils cherchent à avoir des profils de risque ajustés de plus en plus performants », déclarait à Bloomberg, le mois dernier, Giuseppe Paleologo, quant et ancien gestionnaire du risque dans des fonds de premier plan comme Millennium, en référence aux fonds multistratégies,.

C'est pourtant précisément pour cette raison que leurs détracteurs disent des gestionnaires de portefeuille de "pod shops" qu’ils ne savent pas gérer l'argent tout au long du cycle : le risque est géré de manière centralisée au niveau de l'organisation ; les transactions sont couvertes de manière extrinsèque par les stratégies invisibles d'autres pods plutôt que par des gestionnaires de portefeuille individuels. « J'ai des amis dans l'un des grands pod shops, et dès qu'ils prennent une position, il y a deux couvertures centrales contre elle », explique le gestionnaire de portefeuille expérimenté. « Mais quand je prends une position dans mon fonds, je la couvre moi-même. »

Il avance ainsi que les pod shops vident de leur substance les talents des fonds spéculatifs. « Le secteur regorge de jeunes de 25 à 35 ans habitués à opérer dans des tranches de 30 millions de dollars, avec des stops serrés lorsqu'ils sont en baisse de 2,5 %. Ils sont toute une génération à ne presque rien savoir de la génération d'alpha avec leurs propres transactions longues et courtes. »

La pression pour continuer à générer des rendements sans risque est le principal facteur limitant l'expérience des gestionnaires de portefeuille dans les fonds multistratégies. En théorie, ces grands fonds peuvent se montrer indulgents en cas de pertes susceptibles de se redresser avec le temps. En réalité, ils le sont rarement, surtout avec les talents qui n’ont pas fait leurs preuves. « Le montant que chacun est autorisé à perdre est généralement très, très limité, de sorte que l’horizon temporel pour les transactions doit être court », ajoute un autre gestionnaire de portefeuille chevronné. « Ils pourraient dire que le drawdown (la perte) est de 5 %, mais ils retirent en général le capital dès que la baisse atteint 2,5 % à 3 %. À ce stade, c’est déjà un pied dehors. »

 

En d’autres termes, une idée de transaction qui perd 10 % à court terme, mais qui rapporte 40 % à long terme, ne convient pas à un fonds multistratégies. Pas plus qu’une autre, susceptible de rapporter 40 % à long terme, mais qui ne peut être mise en œuvre que dans six mois s’il faut éviter une perte. « Les grands pod shops veulent faire utiliser 65 % à 70 % du budget risque au quotidien », explique cet autre vétéran du trading. Ils veulent faire travailler le capital avec un ensemble d’opportunités restreint, mais on ne trouve pas toujours des occasions exceptionnelles, et cela ne leur plaît pas. »

Résultat : seules quelques stratégies de trading fonctionnent dans les grands hedge funds, et de nombreux gestionnaires de portefeuille ne font pas long feu. « Environ 20 % des gestionnaires de portefeuille sont licenciés ou partent chaque année », indiquait Giuseppe Palelogo dans son interview à Bloomberg. Ce chiffre pourrait même être optimiste : les départs au bout de quelques mois ne sont pas rares.

Parmi ceux qui restent peu de temps, certains retournent dans les banques ; beaucoup répètent l'expérience dans d'autres fonds multistratégies. « C'est un mouvement perpétuel », déclare le gestionnaire de portefeuille actions. « On voit les mêmes personnes recyclées six ou sept fois dans différents fonds. » Dans chacun d'eux, ils n'ont aucune expérience de baisse supérieure à 5 %.

Avant les multigestionnaires, c’était différent. Et c’est toujours le cas dans les fonds à gestionnaire unique : Chris Rokos a enregistré une baisse de 26 % en 2021, mais une hausse de plus de 50 % en 2022. Pour les vétérans des hedge funds, c'est cette capacité à prendre des paris et à les couvrir au fil du temps qui comptera à l'avenir. « On reviendra à la connaissance de l'actif au lieu de gratter des données et de mettre en place une transaction d'arbitrage de 45 minutes », annonce l'un d'eux. « La nouvelle génération, qui ne veut travailler que pour les multigestionnaires, a très peu d'expérience en la matière. »

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AUTEURSarah Butcher Editrice Monde

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