L'État au secours des banquiers
Ça y est, le gouvernement français s'est jeté à l'eau ! Au programme, 10,5 milliards d'euros dans les six principaux établissements bancaires d'ici à la fin de l'année (AFP). De quoi rassurer les banquiers inquiets, témoins, après cette annonce, de la flambée de leur titre en Bourse (et, par ricochet, de la valeur de leurs stock-options, qui ont fondu comme neige au soleil depuis le début de l'année).
Même si l'État n'entre pas directement dans l'actionnariat des banques, il est désormais en mesure de surveiller les faits et gestes de ces dernières. De ce point de vue, il apparaîtrait peu envisageable, par exemple, que celles-ci risquent l'annonce d'un plan social dans les prochains mois.
Retour de bâton sur les rémunérations ?
L'État ne fait pas de cadeau aux banques , a averti la ministre de l'Économie, Christine Lagarde, qui a demandé en contrepartie l'instauration de règles éthiques en matière de rémunération des dirigeants : plafonnement des indemnités de départ des dirigeants, abandon du cumul entre contrat de travail et mandat social, et installation d'un comité des rémunérations , précise le communiqué rédigé par Bercy. En fait, rien de nouveau depuis la validation, il y a 15 jours, du code de bonne conduite du Medef par le gouvernement (AFP).
Quand on interroge Bercy sur l'éventuelle application de nouvelles règles sur l'ensemble des bonus versés aux banquiers, la réponse est circonspecte : l'idée est que soient abolis tous les excès du passé en la matière. Si les propositions faites par le comité de rémunération sont satisfaisantes, l'État sera plus enclin à fournir les liquidités demandées, nous a-t-on indiqué, avant de préciser : il est toutefois difficile d'imposer quoi que ce soit sur ce plan.
Les bonus plus indispensables que jamais
Pour Jean-Marc Revereau, gérant associé de la Financière de Vincy, et président du groupe JMR Consulting SA, société de conseil en rémunération, rien ne changera . Et ce, pour plusieurs raisons : 1) Ce qui est proposé aujourd'hui par le gouvernement existe déjà. 2) Le politique ne pourra pas modifier le droit du travail, or le mode de rémunération est inscrit dans le contrat de travail (celui d'un trader peut couramment aller jusqu'à 45 pages !). 3) Les banques françaises doivent rester compétitives (rappelons qu'à bonus égal d'un million d'euros, le trader français touche 32 % de la somme contre 68 % en Angleterre). En aucun cas, il n'y aura de plafonnement des bonus, les salles de marchés qui nous consultent cherchent davantage à motiver, pas à "casser", précise cet expert ès rémunération. Il y a par contre la volonté de mettre en place un système de pondération sur 2-3 ans.