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D'UN EX-TRADER : Comment je suis passée de sales à trader (2)

En préambule à ce deuxième article, dont le premier volet a suscité pas mal de commentaires, je voudrais vous préciser que cette série d'articles est un témoignage de mon parcours, jugé relativement atypique. Cette série est donc par définition personnelle. L'exercice consiste pour moi à vous présenter mon expérience passée, telle que je l'ai vécue. J'espère que certaines étapes donneront à certains des pistes ou des clés, et à défaut vous divertiront !

Après un début de carrière prometteur dans le marketing, intégrer une salle des marchés s'est avéré un virage plutôt abrupt et risqué. Bien qu'intéressant, le rôle de sales sur ce marché monétaire encore très volatil pendant l'année suivant le krach de 87, ne comble pas toutes mes attentes.

Les traders ont le volant et je suis dans le siège passager:c'est ce que je ressens après 6 mois dans le poste. Nous sommes en juillet 88 sur le trading floor de Banque de l'Union Européenne (BUE), un jeune ingénieur centralien est alors missionné pour monter une équipe d'arbitragistes. Ils devront tirer sur tout ce qui bouge, c'est-à-dire tirer partie des anomalies de la courbe des taux.

Au bout de quelques semaines d'intense lobbying, le charme opère, il cède et étoffe ensuite notre binôme en recrutant deux ingénieurs de l'Ecole des Mines. En tant qu'ESSEC, je me propose d'avoir un rôle de gestion et de canalisation de la créativité - attendue débordante - de ce trio 100% Quant.

Avoir l'opportunité de pouvoir traiter sur tous les produits de taux, après moins d'un an d'expérience, est une chance inouïe. Comme le Marché à Terme (MATIF) vient d'être lancé en France, nous commençons par détecter les anomalies Comptant/Terme (lorsque le prix du contrat Future est incohérent par rapport au prix comptant d'une obligation livrable) et mettons en place les stratégies adéquates. Ensuite, nous nous attaquons aux options et petit à petit, évaluons et disséquons tous les titres émis par l'Etat français, et mettons ensuite en place les arbitrages visant à rectifier les anomalies détectées. Au passage, nous prélevons notre obole.

La plupart des banques parisiennes n'ayant à l'époque pas encore de desk d'arbitrage, nous nous partageons le gâteau avec une petite poignée d'autres équipes concurrentes. Nos marges et notre P&L sont confortables. Le tout en prenant des risques très modérés. Mon bagage technique explose, je décide alors de ne plus lâcher le volant, pardon, le trading. Exit the dark side of the moon...

Début 1989, je reçois un bonus et une augmentation de salaire symboliques. Je reste donc une junior dans l'esprit de ma hiérarchie. Aucune considération donc pour le chemin parcouru, qui me semble alors marathonien. J'en connais techniquement plus que la plupart des opérateurs de la salle, dans un domaine où je ne connaissais initialement rien.

N'étant pas adepte du sentiment d'injustice, je décide de partir pour monter une activité du même type dans le groupe ABN AMRO. Le directeur de la salle des marchés de la BUE - un manager génialissime - ne l'entend pas ainsi. Il me convoque dans son bureau pour me présenter sa théorie de l'apprentissage asymptotique, théorie assez proche du principe de Peter : il souhaite me convaincre de rester car je n'apprendrai pas grand-chose de plus, en allant faire la même chose, ailleurs.

À la place d'un alignement de mon salaire sur les conditions proposées par la banque batave, il me met face à un nouveau challenge en me proposant d'intégrer une filiale de la BUE spécialisée en ingénierie financière, avec à la clé une première mission à laquelle je ne peux décemment pas renoncer:participer au lancement d'une chaîne d'hôtels de thalassothérapie en Uruguay pour un grand groupe hôtelier français. Hablo español y me gusta mucho viajar, la balle est dans mon camp.

A suivre ( Des Emprunts d'Etat au CAC 40 )

Nathalie Columelli a travaillé pendant 16 ans en tant que sales puis trader sur les marchés financiers à Londres, Paris et Francfort. Depuis 2005, Nathalie est consultante en finance et surtout, coach de candidats au CFA dans les 3 niveaux. Elle enseigne également l'éthique aux élèves d'HEC, de l'ESSEC, de l'INSEAD et à l'université de Paris Dauphine.

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AUTEURNathalie Columelli
  • Ca
    Camille
    7 octobre 2010

    Chère Natalie,
    Tous vos articles donnent vraiment l impression que vous cherchez a recruter des clients pour vos cours de coaching de candidats pour le CFA 3eme niveau.
    Je rejoins l'avis de AZ, dans le contexte actuelle un tel triomphalisme est peut-être un peu déplacé et je ne suis pas sur que ce soit la bonne stratégie.
    Autrement, tout le monde sais que l'éthique en finance en général on oublie très rapidement car ca ne paie pas. Par contre je vous l accorde avec les différents scandales, il y a un effet de mode, ce créneau va être porteur pendant encore 1 ans 1ans et demi grand maximum. Dans le plus long terme, vous devriez plutôt mettre en place des cours dans l'islamic banking ou le carbone trading qui sait avec un peu de chance ca va faire comme les sub-primes.
    Camille

  • pr
    profess84
    15 septembre 2010

    Profess84 Néophyte en finance.
    Crise mais tous sortis des grandes des écoles ?
    A ce sujet, c'est toute une formation intellectuelle qui doit être incriminée. Il est pourtant indiscutable que les responsables politiques et financiers, de tous les pays atteins par cette crise financière, nous ont conduits à la faillite par eux-mêmes ou par les responsables désignés par eux. De grandes erreurs d'appréciation ont été commises par ces responsables financiers et employés "algotraders" des banques mondiales. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Les responsables politiques et banquiers n'ont pas su penser cette crise financière. Les exécutants n'ont pas, à l'ordinaire, beaucoup mieux réussi à accorder leurs prémonitions ni leurs gestes pour la prévoir. Ces deux manques étaient, d'ailleurs, étroitement liées. En sorte que certaines défaillances, qui ne sont guère niables, ont eu leur principale origine dans la formation trop vieillotte des grandes écoles reçue par ces polytechniciens de la politique et de la finance. Henri Ford avait dit : Si la population comprenait le système bancaire, je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin.

  • wi
    william
    15 septembre 2010

    Bravo Nathalie ! tu as un talent d'écrivain
    tu racontes une belle histoire
    et le miracle, ce sont toutes ces réactions qui donnent du recul en comparant à la situation d'aujourd'hui !
    Effectivement, dans quelques temps, une app racontera comment les ordi ont pris le pouvoir des marchés fi et donc du monde (déjà aujourd'hui avec 50% des ordres générés automatiquement)
    Sans faire de remake, tu devrais écrire un scénario à jour de celui de 2001 odysée espace

    Bon courage et Bonne Chance !

  • Vo
    Von Paris
    15 septembre 2010

    Tout ça me fait bien sourire, peu importe l'année, il y a le bon trader, le mauvais, et celui qu'on connait par coeur. J'ai bien embauché des bacs -12 et des bacs +12 (voire meme des polytechniques Moscou), pour des OP Matif, de l'Offshore, du DLT, du FUT, du Hedge, mais au fond, pourquoi je me suis tant amusé avec ces gens si intelligents, Matheux, Informaticien, de plus français... c'est parce qu'ils n'avaient aucun courage, mais vraiment aucun... quelques autodidactes ont bien les guts de draguer mes copines de l'époque, mais quant à monter leur propre banque ou fond, je me marre encore avec celui de Messier qui a pris une propre raclée avec ses propres amis....tss tss aucun courage s'il n'etait pas protégé

  • Se
    Seb - Asie
    15 septembre 2010

    Desole pour l'abscence d'accent mais je vis en Asie...

    Je me permets de suggerer aux nombreux experts qui commentent cet article, de mettre de cote la calculette et l'ordinateur afin de saluer la maniere dont cet article est bien redige...

    En lisant cet article, je trouve des emotions, de la spiritualite, la recherche du bonheur, du reve mele a la realite, d'une personne qui actuellement enseigne "L'etique" (Oui, ce gros mot!)...

    Je constate tristement que la finance ROBOTISE generalement le plus grand nombre mais que certaines personnes (comme Nathalie, auteur de cet article) sont capables de resister (et qui s'ecartent de ce monde tres particulier pour se rapprochent de l'humain)...

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