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Quelles compétences pour une carrière en private equity ?

Vous voulez travailler en private equity ? Le capital-investissement ne convient pas à tout le monde. Même si les rémunérations record à quelques 37 millions d’euros (43 millions de dollars) peuvent séduire, impossible d’y entrer sans le bon ensemble de compétences. Mais quel ensemble de compétences justement ?

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D’abord, les fonds de private equity recrutent essentiellement auprès des banques d’investissement ; les candidats sont donc censés disposer de l’ensemble de compétences standard pour la banque, afin de construire des modèles financiers sous Excel pour valoriser les entreprises et d’élaborer des pitchbooks sous PowerPoint pour gagner des deals, le tout agrémenté d’une capacité de travail hors du commun. Mais tout cela tend à devenir tout juste basique, bien loin des éléments qui permettent de sortir du lot et de décrocher le poste.

Les fonds recherchent avant tout la polyvalence : des gens alliant réflexion et perspicacité, capables de construire un relationnel. « Les professionnels du private equity doivent avoir confiance en eux et se montrer persuasifs, mais aussi être rigoureux en matière de négociation. Ils vendent avec le regard et la parole et achètent avec la tête, » explique Gail McManus, fondatrice et ancienne managing director de Private Equity Recruitment (PER). Dans ce monde nouveau, où l’IA peut construire des modèles financiers et élaborer des pitchbooks, la personnalité est pour elle bien plus importante.

Les fonds de private equity recherchent des « Action Man » ou « Action Woman, » ajoute-t-elle. Il faut prendre les choses en main, être ultra-combatif, ne rien laisser vous arrêter. Et il vous faut aussi des compétences relationnelles : « le seul but est de gagner le deal. »

Cela ne rend pas les compétences en modélisation superflues pour autant. Aux États-Unis, les fonds de PE ont pris l’habitude de recruter très tôt des banquiers d’investissement, parfois même avant leur entrée dans une banque, et elles le font au cours d’une unique nuit de recrutement des plus intenses. Les fonds britanniques ne procèdent pas de la sorte, mais les journées d’évaluation restent néanmoins très difficiles.

Les juniors qui passent par le processus de recrutement en private equity sont évalués sur leurs compétences en modélisation financière et sur une étude de cas, afin d’examiner leur capacité à juger ce qui constitue un bon investissement. Après la personnalité, la qualité du jugement commercial représente désormais le principal facteur de différenciation dans le recrutement en capital-investissement, explique Gail McManus.

Elle indique aimer demander aux candidats : « Si vous envisagiez d’acheter un café, quelle est la première chose que vous feriez ? » Si la réponse consiste à aller au café du coin pour vérifier si les toilettes sont propres, combien il y a de clients, d’employés par brigade et voir s’ils ont l’air heureux, alors une carrière en capital-investissement est probablement un bon choix. Si le premier réflexe est d’aller chercher un rapport d’analyste sur le secteur des cafés, mieux vaut sans doute viser la banque d’investissement.

La recherche n’est pas une mauvaise chose, là n’est pas le problème. La recherche est utile. C’est simplement que le capital-investissement consiste à posséder des entreprises, et que les propriétaires doivent se faire une idée de la manière dont une entreprise fonctionne, bien au-delà de l’apparence de ses chiffres. Il faut s’intéresser à la mécanique des entreprises plutôt que de rester assis derrière un bureau à regarder des feuilles de calcul — même si c’est aussi un élément à prendre en compte.

Il faut également apprendre à s’imposer. Travailler en private equity, c’est aussi être capable de défendre ou de contester une opportunité d’investissement ou un secteur spécifique dans une salle où les autres freineront des quatre fers. Il est essentiel d’être passionné par la compréhension des rouages internes des entreprises, mais aussi d’avoir la volonté d’exposer son point de vue et d’accepter de se tromper en public.

Dans un monde aux taux d’intérêt élevés, il devient toujours plus important de comprendre le fonctionnement d’une entreprise et d’être capable de l’améliorer. Un rapport du cabinet de conseil Bain & Co, publié en février 2026, soulignait que lorsque les fonds de private equity investissaient dans des entreprises en 2015, elles empruntaient généralement 50 % du prix d’acquisition à un taux d’intérêt de 6 à 7 %. Avec ce type de financement, les entreprises acquises devaient générer une croissance annuelle de 5 % de leur EBITDA (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) sur une période de cinq ans. Ainsi, elles étaient en mesure d’atteindre le multiple de 2,5 fois le capital investi que les fonds de PE visent lors de la revente cinq ans plus tard.

La situation est très différente avec des taux de 8 à 9 %. Bain estime qu’à ce niveau de taux d’intérêt, les entreprises doivent générer une croissance annuelle de 10 à 12 % de leur EBITDA pour parvenir au multiple de 2,5 fois recherché.

Pas facile d’atteindre une croissance de 10 à 12 %. Pour générer une telle progression des bénéfices, une entreprise doit baisser ses coûts ou augmenter ses revenus, ou les deux – autrement dit, le fonds de private equity qui a racheté l’entreprise doit absolument comprendre comment elle fonctionne.

Voilà pourquoi les fonds de capital-investissement ont aussi de plus en plus besoin de compétences opérationnelles, en d’autres termes de personnes capables d’améliorer les entreprises dans lesquelles ils ont investi.

Le cabinet de recrutement DRAX a résumé en mars 2026 le nouveau « profil opérationnel » prisé des fonds de PE : « capacité de jugement commercial associée à de solides compétences analytiques, personnes capables d’évaluations plus précises, de tester rigoureusement les hypothèses même sous pression, de gérer l’ambiguïté, tout en faisant preuve de ténacité pour aller plus loin ».

Parallèlement, à mesure que l’IA pénètre le secteur, les fonds de private equity s’intéressent aussi de plus en plus aux compétences technologiques et en matière de données. Apollo recrute par exemple un associate pour un poste de « AI solutions and quantitative strategist », censé faire le lien entre son équipe d’investissement hybride et son équipe de quants. La fonction consiste à faire en sorte que les initiatives liées à l’IA soient « pratiques, à fort impact et intégrées aux flux de travail quotidiens ».

Pas besoin d’être un ingénieur logiciel hors pair, mais il faut bien connaître les capacités et les limites de ces outils. Selon l’enquête de Bain publiée en mars dernier, la majorité des fonds de private equity s’attendent à un « impact significatif » de l’IA sur les entreprises de leur portefeuille en 2026, sans doute à mettre au compte des économies de coûts et de la croissance des revenus. Il est donc indispensable d’être déjà familiarisé avec l’IA – nous y avons récemment consacré un article.

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AUTEURZeno Toulon Journaliste

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