ÉDITO : Professionnels front-office expérimentés ? Passez votre chemin !
C'est notre dinde aux marrons à nous, une tradition de fin d'année indéboulonnable. Après les houleuses négociations salariales, qui peinent fréquemment à trouver une issue favorable rapide, place aux annonces grandiloquentes sur les recrutements de la nouvelle année. Malgré la crise, 2010 ne devrait pas être un si mauvais cru. 30.000, c'est le chiffre annoncé par la Fédération bancaire Française (FBF). Rien de très surprenant, on retrouve là, plus ou moins, la moyenne annuelle de ces cinq dernières années, soit 185.000 embauches sur cette période, selon la FBF. Dans le secteur, on ne peut s'empêcher de se congratuler. Ça ne coûte rien, et un chiffre pareil fait toujours son petit effet. Rien de tel pour booster notre moral, anéanti par bientôt deux ans de crise.
Credit-Agricole-LCL caracole en tête avec 4.000 embauches prévus pour 2010, suivi de Société Générale et BNP Paribas qui se tirent la bourre avec 3.100 et 3.000 embauches respectivement, selon Les Echos. A noter l'ingéniosité des services com de SG pour occuper la seconde place du podium, ceci ne masquant pas pour autant le fait que la banque en rouge et noir est le seul établissement (honnête ?) à avoir annoncé des prévisions à la baisse par rapport à 2009 alors que la chasse aux coûts est devenue son obsession numéro 1 avec un milliard d'économies prévues pour 2010 (lesechos.fr).
Retour aux chiffres de recrutement. A ce stade, une annonce de clarification mérite d'être faite à l'attention des professionnels expérimentés qui travaillent en front-office en banque d'investissement : ne vous faites pas de mal, oubliez tout de suite ces chiffres avec plein de zéros, ils ne vous concernent pas (ou presque) !
Les trois quarts des 390 000 collaborateurs des banques en France travaillent dans la banque de détail et c'est sans surprise dans ce secteur, où de surcroit la problématique du renouvellement des générations pèse, que le gros des recrutements a lieu, entre la moitié et le deux-tiers du total, selon Les Echos. Sur ce point, les banques restent volontairement floues. Sans mentionner que les nouvelles recrues occupent pour la plupart des postes de commerciaux (conseillers clientèle, chargés d'accueil en agence, télé-conseillers...), où le turnover est élevé et les possibilités d'évolution plutôt réduites. Même tendance forte dans l'assurance, où les commerciaux représenteront 50 à 60% des 6.200 embauches prévus l'an prochain (lesechos.fr).
A cela, il faut ajouter que même dans les agences, l'horizon n'est pas si dégagé qu'il y paraît alors qu'une étude du cabinet Sia Conseil, publiée lundi, anticipe la suppression de plus de 2.200 emplois en raison de la nécessaire fermeture de 750 à 1.100 points de vente en France.
Enfin, toutes activités confondues, les jeunes diplômés se payent la part du lion comptant pour environ la moitié des recrues. Traditionnellement près des deux tiers des recrutements concernent des jeunes de moins de 30 ans.
A vous, professionnels expérimentés du front-office de la BFI, il ne reste que des miettes (surtout en France). Après tout, vous n'êtes que 10.000 personnes à Paris. Je crains décidemment qu'il n'y ait pas de salut pour vous en 2010. A la question "pour les traders, les banquiers ont-ils plus de mal à recruter du fait de l'encadrement des bonus en France et de la concurrence étrangère ?" posée par Les Echos, Ariane Obolensky, directrice générale de la Fédération bancaire française (FBF) a répondu lundi sans détour : si la situation perdure, que les mêmes règles [ndlr : sur l'encadrement des bonus] ne sont pas appliquées partout, les banques françaises vont avoir du mal à recruter et surtout à garder les meilleures compétences ... Sur ce, bonnes fêtes de fin d'année !