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« Les traders crédit gagnaient 10 millions de dollars pour la banque et 1 million pour eux-mêmes. Les algorithmes ont tout sabordé. »

J’ai quitté mon poste en trading de crédit, et je n’y retournerai jamais.

J’ai été voice trader crédit dans une banque d’investissement pendant 20 ans avant de passer au trading électronique. C’était une belle carrière, mais je suis parti il y a deux ans, et je n’y retournerai pas. Il est devenu impossible de gagner de l’argent dans le trading crédit. Les algorithmes ont ruiné le marché.

Avant l’électronique, les dealers étaient au cœur de l’activité de trading. Les bons, ceux qui avaient du stock à proposer aux clients, pouvaient être de véritables teneurs de marché et faire des bénéfices grâce au spread.

Je me suis lancé dans le trading de crédit parce qu’on pouvait y gagner beaucoup d’argent. Assis à son poste de voice trading, on gagnait de l’argent pour la banque et pour soi-même. Gagner 10 millions pour la banque et 1 million pour soi n’avait rien d’exceptionnel. Mais tout cela n’est plus.

Il y a d’abord eu l’arrivée des plateformes de trading électronique sur le marché. Au début, elles conservaient encore les concepts de client, dealer et demande. Puis elles ont commencé à tout gâcher.

Les plateformes électroniques ont permis aux demandes des clients d’être visibles par tous les autres clients, tout en rendant anonyme l’identité du premier client. Si, par exemple, BlackRock voulait vendre des obligations, elle le faisait désormais de manière anonyme, sur une plateforme où tout le monde pouvait voir la recherche d’offre. Cela a complètement transformé la dynamique concurrentielle. – Dès lors que tout le monde pouvait voir les obligations à vendre et les prix proposés, cette transparence a rendu très difficile la revente à un prix plus élevé. Les marges ont immédiatement été réduites. La rentabilité s’est effondrée.

Les plateformes électroniques ont donc détruit la dynamique de marché. Pour se débarrasser d’obligations dans ce nouveau monde, il fallait essayer un autre segment de marché, où les acteurs avaient une moindre connaissance des prix. Ou alors acheter un portefeuille d’obligations susceptible de convenir à un fournisseur d’ETF, les lui revendre et profiter de l’arbitrage sur cette différence de prix.

Mais faire de l’arbitrage sur les ETF, c’est un tout autre métier. Ce n’est plus tant la qualité des obligations qui compte, mais le fait que quelqu’un en ait besoin pour compléter un ETF – c’est ainsi qu’on gagne de l’argent aujourd’hui.

Et ça, c’est infaisable pour un trader crédit au téléphone. Les clients se sont d’abord inquiétés de devoir envoyer leurs demandes par voie électronique, mais cela a changé. Dans mon dernier poste, nous recevions plus de 30 000 demandes électroniques par jour. Et pour gérer ça, il faut un algorithme, pas un humain.

Donc, pour être trader crédit aujourd’hui, il faut intégrer son raisonnement à la plateforme électronique et le coder. Si on n’est pas en mesure d’expliquer ce qu’on fait et de le coder, on ne pourra pas répondre aux demandes qui arrivent par milliers. Voilà pourquoi il y a de moins en moins de voice traders, et de plus en plus de développeurs quantitatifs et de stratégistes dans les équipes algo de crédit.

Au beau milieu de ces évolutions, les spreads ont disparu, et l’argent aussi. Les plus grandes équipes crédit sont énormes, tout comme les coûts technologiques. On peut encore gagner de l’argent grâce à l’arbitrage sur les ETF, mais cela devient de plus en plus difficile.

Voilà pourquoi je suis parti. Je trade désormais pour mon propre compte, principalement des actions. Il n’y a aucun intérêt à retourner dans la banque pour un business model qui n’a pas de sens. Je n’ai aucune envie d’être un petit rouage d’une grosse machine chez un teneur de marché. Et je ne veux pas non plus rejoindre un fonds de crédit systématique, car je ne pense pas qu’on puisse adapter le trading algorithmique. C’est un business model défectueux. Personnellement, je préfère rester ici et emmener mes enfants à l’école.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’avenir dans le trading crédit. Si vous êtes quant avec des compétences en trading et que vous voulez coder des stratégies intégrées à la machine, alors allez-y. Vous serez bien payé, mais il n’y aura pas de possibilité de gagner vraiment beaucoup d’argent. Ce sera un poste de salarié.

En revanche, si vous êtes jeune diplômé et que vous rejoignez aujourd’hui une équipe de trading crédit traditionnelle dans une banque, méfiez-vous. On profite de vous. Votre métier est en train de mourir, et il n’existera quasiment plus dans quelques années.

Ashton Hill est un pseudonyme 

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AUTEURAshton Hill

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