OPINION : Prêt à dire adieu aux bonus ?
De plus en plus de personnes, aussi bien à Wall Street qu'au cceur du Square Mile, s'accordent à dire que les rémunérations versées aux banquiers et aux traders doivent être reconsidérées. Beaucoup pensent non seulement que les salaires doivent être revus à la baisse, mais aussi qu'il faudrait mettre en place un mécanisme par le biais duquel ces financiers seraient en mesure de rendre des comptes sur ce qu'ils font, et ce chaque année.
Aux forums organisés le mois dernier par la CFA Society du Royaume-Uni et le CFA Institute au London Stock Exchange, auxquels j'ai assisté, rien de ce que j'ai entendu allait dans le sens d'un consensus sur la façon de changer le système. Les dirigeants de Wall Street semblaient tout aussi partagés.
Comment pourrait fonctionner un système de rémunération rénové ?
Dans la pratique, les banquiers et les traders seniors sont payés chaque année des millions de dollars, indépendamment du fait que les affaires sur lesquelles ils apportent leur conseil ou les opérations qu'ils réalisent sur les marchés financiers satisfont - ou pas - leurs clients ou leur société. C'est pile nous gagnons, face vous perdez ! . Avant que l'inévitable désastre ne se produise, les bonus sont déjà versés sur les comptes en banque de ces opérateurs.
Wall Street a besoin d'un système rénové qui oblige les banquiers et les traders à être tenus responsables pour leurs actions. Pourquoi ne pas créer une sorte de fonds dans chaque banque et obliger quiconque qui dépasse un revenu annuel de 500 000 $ à verser à ce fonds la moitié de sa rémunération supérieure au plafond ? L'argent accumulé pourrait être utilisé chaque année pour payer les frais de justice, pertes et autres amendes en relation directe avec les business lines des contributeurs. Au bout de trois ans, en supposant que le banquier ou le trader soit toujours dans la société, le solde du dépôt plus les intérêts cumulés pourraient être reversés au prorata de la contribution initiale.
Que se passerait-il si quelqu'un quittait la société entre-temps ? Eh bien tant pis pour elle : elle perdra l'argent versé. De la sorte, le compte de dépôt pourra satisfaire un double besoin : garder ceux qui se tiennent à carreaux et retenir avec des menottes en or ceux qui seraient tentés de partir.
Bien sûr, la probabilité que les PDG de Wall Street adoptent d'eux-mêmes cette réforme est proche de zéro. C'est ici, et maintenant, que les régulateurs doivent intervenir et imposer cette indispensable réforme des bonus.
Conclusion : en plus de la crainte de perdre votre job et d'avoir de sérieuses difficultés à en trouver un autre, vous pouvez ajouter à votre liste de soucis, celui de ne plus jamais être aussi bien payé que ne l'ont été les banquiers et traders dans les jours fastes de 2007.
* Auteur de The Last Tycoons : The Secret History of Lazard Frères & Co. (Doubleday, 2007, et en poche chez Penguin, 2008), William D. Cohan a travaillé comme banquier dans les M&A à Wall Street pendant 17 années.